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Règlement de comptes sur la Corniche, à Marseille. La scène est sèche, brutale, efficace. A gauche, sur le bitume, deux motards traquent une voiture. A droite, la mer défile à toute vitesse. L'automobiliste, bien sûr, finit criblé de balles. On est en 1975, et le film s'inspire de faits réels. Qui a oublié la « French connection », qui faisait alors de Marseille le pivot mondial du trafic d'héroïne, notamment vers les Etats-Unis ? William Friedkin puis John Frankenheimer en tirèrent à l'époque deux fameux films, tournés à chaud, au coeur des seventies. Quelque quarante ans plus tard, La French revisite ce moment-clé dans l'histoire du grand banditisme, et d'une ville depuis toujours hantée par le « milieu ».
Avec le temps, la saga criminelle, pleine de trahisons, de rebondissements, de coups de filet et de massacres (la célèbre tuerie du Bar du Téléphone), est devenue objet de fantasme, de reconstruction romanesque, avec toute une faune mythique du genre policier : truands à gourmette, indics, barmaids, flics pourris... Plutôt que de faire un film-dossier, le réalisateur, Cédric Jimenez (Aux yeux de tous), se laisse fasciner par l'affrontement magnétique entre deux hommes, « généraux » adverses d'une véritable guerre. D'un côté, le redoutable parrain, Gaëtan Zampa, dit « Tany », que Gilles Lellouche interprète avec une intensité brutale, la roublardise et la violence imprévisible d'un héros scorsésien, entouré de sa cour d'Affranchis — référence évidente, jamais écrasante. De l'autre, le célèbre juge Michel, obsédé par sa mission, entre capitaine Achab et Eliot Ness : Jean Dujardin — à son meilleur —, qui le joue dévoré de l'intérieur, aussi accro à la justice qu'au danger. Autour de ces deux figures tragiques (le truand finira par se suicider, le magistrat par être assassiné) évolue un casting de luxe, de Benoît Magimel à Céline Sallette, Bruno Todeschini ou Mélanie Doutey... Autres atouts d'une production très classique, mais souvent haletante. — Cécile Mury