Paul Exben a tout pour être heureux : une belle situation professionnelle, une femme et deux enfants magnifiques. Sauf que cette vie n'est pas celle dont il rêvait. Un coup de folie va faire basculer son existence, l'amenant à endosser une nouvelle identité qui va lui permettre de vivre sa vie.
Quand le héros tourmenté bascule dans l'inconnu et quitte les beaux quartiers de Paris et sa banlieue chic pour l'Europe de l'Est, un souffle monte enfin. Le film se laisse porter par le roman de l'Américain Douglas Kennedy, qui a sûrement vu et beaucoup aimé Profession : reporter, d'Antonioni. Même troc d'identité avec un mort, même désir de se réinventer ailleurs, même fuite métaphysique.
Difficile néanmoins d'oublier les couacs de la partie française. Le portrait qui se voudrait cruel - mais sonne creux - de la bourgeoisie friquée. Les efforts d'Eric Lartigau (Prête-moi ta main) pour faire sentir l'imminence d'un drame par le montage et la musique, qui produisent une grandiloquence un peu gauche. Le jeu tâtonnant de Romain Duris, avocat d'affaires, et de Marina Foïs, son épouse BCBG - des rôles qui ne leur vont pas, où ils paraissent déguisés. Seule Catherine Deneuve, en patronne de Duris, refuse la mascarade et, en deux scènes, fait entendre une notre juste, sèche, tragique.
Le deuxième mouvement est, lui, d'autant plus intéressant qu'il brouille la piste de la culpabilité écrasante. Contre toute attente, le fugitif semble au bord de s'accomplir dans sa nouvelle peau. La menace ne vient plus de lui-même mais de l'extérieur. L'ambiguïté s'installe. Et - ce n'est pas si fréquent dans le cinéma français à vocation populaire - le film parvient à rester jusqu'au bout en eaux troubles. Louis Guichard Télérama