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glacant...

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Parfois c'est dans la nuit qu'il agit. Au volant de sa voiture, jamais la même, il traque, dans sa banlieue déserte, des filles qu'il renverse et qu'il tue quand il peut. Parfois, c'est l'après-midi qu'il embarque, au hasard, des auto-stoppeuses, sur lesquelles il tire, sans même oser les regarder, maladroit, en proie à une panique qui le tétanise... « La prochaine fois, je viserai le coeur », écrit-il à la police, quand une de ses victimes lui échappe. Il écrit, aussi, qu'il est un tueur fait pour tuer, et qu'il tuera avant qu'on ne le tue... De retour chez lui, après les meurtres, il se flagelle, il se purifie dans de l'eau glacée. Puis, il se rhabille et, chaque matin, à 3h15, il enfile un uniforme qu'il veut impeccable, pour s'en aller se traquer lui-même. Franck (Guil­laume Canet) est gendarme...

D'un fait divers célèbre qui s'est déroulé dans l'Oise, à la fin des années 1970 — l'affaire Alain Lamare —, Cédric Anger a tiré un thriller à la Zodiac, de David Fincher. Pur, sombre, effrayant. Totalement dénué de psychologie, ou presque. Les rares moments où la fascination faiblit, d'ailleurs, surgissent dès que des explications s'amorcent pour expliquer l'inexplicable : impuissance, homosexualité refoulée du héros... Or les raisons qui poussent Franck à tuer, on s'en moque. Il ne les comprend pas et, comme le réalisateur nous enferme constamment dans sa tête, on n'a pas besoin de les comprendre non plus. Le film n'est beau — atroce, mais beau — que parce que les sentiments, sur le visage de Guillaume Canet, se taisent et que seule la musique, superbe, de Grégoire Hetzel, révèle les obscurs tourments qui l'emportent. On sent, dans la lumière, dans les décors, le constant désir du cinéaste de fuir le polar réaliste à la française, pour mieux atteindre les rives de l'inconscient, de l'onirisme. D'où cette scène incroyable où le héros, ayant contacté une prostituée au téléphone, aboutit chez un vieil homme solitaire et pitoyable qui s'esclaffe devant un film sensuel et muet de Frank Borzage...

Chaque détail est distendu, distordu, pour refléter le monde tel que le voit ce tueur en rage contre tout. Les autres. Nous. Lui. Les silhouettes qu'il croise dans la ville ressemblent à des déjà-morts. Ses confrères joviaux et vulgaires lui semblent déshonorer cet uniforme que lui vénère : il leur reproche leur défaitisme, leur manque d'ardeur à dénicher cet assassin qui rôde et qui les humilie. Ce sont des larves... Même la fille qu'il voudrait pouvoir aimer (Ana Girardot, superbe) cache un secret avilissant qui la rend aussi incongrue, aussi misérable que cette mouche qu'il observe sur son corps nu et qui le révulse. La noirceur de leurs rapports évoque l'univers de Claude Chabrol — moins son humour —, dénonçant la médiocrité des êtres. Plus encore, le cinéma d'avant la Nouvelle Vague : celui des années 1950, tant décrié depuis, qui reflétait avec délectation un monde à bout de course. Yves Allégret et Une si jolie petite plage, avec Gérard Philipe. Ou Julien Duvivier dans Voici le temps des assassins, avec Jean Gabin. Un monde auquel le nôtre ressemble pas mal...

Avec le visage impassible, fermé, fantomatique d'un Guillaume Canet surprenant, Cédric Anger filme brillamment l'angoisse devant le vide. Les brefs moments de paix, aussi, dans une nature où le tueur vient oublier l'étau qui se resserre. Il filme, surtout, la peur qui suinte, qui s'infiltre partout. Dans cette voiture orange, notamment, qui roule sous la pluie, où le tueur et sa proie semblent, soudain, aussi épouvantés l'un que l'autre devant l'horreur qui les attend... — Pierre Murat Télérama

 

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