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étrange....!

affiche-melancholia.jpgC'est une histoire qui commence par la fin : la fin du monde. Cinq minutes d'ouverture, au sens opératique du terme, où Lars von Trier présente tous les motifs du récit avec une puissance symbolique rare. Sur les notes déchirantes de Tristan et Iseult, une mariée glisse au ralenti dans le courant d'un ruisseau, une mère et son enfant s'enfoncent dans l'herbe d'un parcours de golf, une planète engloutit la Terre. Ces cinq minutes renversantes lancent, en majesté, le film le plus accompli du cinéaste danois.

Flash-back en deux mouvements sur les derniers jours de l'humanité. Justine, une jolie blonde au sourire factice, se marie dans un manoir luxueux. Quelque chose grince dans l'ordonnancement des festivités, et pour cause : la rumeur court que la planète Melancholia pourrait percuter la Terre ; et Justine souffre d'une grave dépression.

On le sait depuis Virgin Suicides, le spleen sied au doux visage de Kirsten Dunst. Melancholia, via la musique de Wagner et l'omniprésence de la nature, est une ode au romantisme allemand. Mais comment ne pas penser à Gérard de Nerval ? Justine, reine de feu sans couronne, est l'inconsolée, porteuse du « soleil noir de la mélancolie ». Un astre ténébreux que tout oppose à sa soeur, Claire (Charlotte Gainsbourg, qui aurait mérité de partager le Prix d'interprétation à Cannes avec Kirsten Dunst), l'héroïne du second acte.

Après un règlement de comptes familial façon Festen, le film bascule avec brio dans la science-fiction poétique. La vérité des êtres se dévoile à mesure que l'apocalypse approche. Et Lars von Trier délaisse sa misogynie pour signer deux admirables portraits de femme. Justine trouve enfin la paix dans le chaos, Claire ne peut se résoudre à disparaître car elle a beaucoup à perdre : son fils. Le petit garçon observe le rapprochement de la planète Melancholia à travers un téléscope bricolé avec un bâton et une tige de fer. Cette touche de simplicité dans une mise en scène au baroque grandiose est la plus belle trouvaille du film. Lars von Trier la renouvelle au moment du grand saut vers le néant. Justine et l'enfant bâtissent un modeste tipi de branches, abri dérisoire, mais qui leur permet d'affronter ensemble la disparition de toute vie. La scène est bouleversante : le monde meurt en beauté. S.D. Télérama

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