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effroyable.....

à lire:

 

 

Pour un « pessimiste actif », puisque c’est comme ça qu’il se définit, le tout jeune dessinateur de BD Maximilien Le Roy ne manque pas de culot : à 23 ans, il a réussi à entraîner dans sa bulle une trentaine de dessinateurs, jeunes et moins jeunes, pour fabriquer en urgence un album mi-texte, mi-BD, sur la guerre à Gaza. Son ouvrage collectif, publié par le petit éditeur indépendant La Boîte à bulles, est un livre d’intervention original, fabriqué à l’arrache pendant le conflit, mêlant récits graphiques, témoignages sur place et textes d’analyse : on y retrouve l’universitaire Aude Signoles, l’ancien président de MSF Rony Brauman, la réalisatrice de documentaire Simone Bitton, le militant de la paix israélien Michel Warschawski ou encore les carnets d’une enseignante palestinienne habitant à Gaza.

Maximilien Le Roy ne se définit pas comme un « militant »
(« Je ne me suis jamais posé la question ! »), même s’il s’est forgé, en autodidacte, une solide culture politique et livresque. Ses études, vite abandonnées, sur les bancs d’une école d’arts appliqués parisienne lui ont laissé le temps de se gorger de tout ce qu’il aime : les voyages, les écrivains, les tremblements du monde… Avec cet album, un peu manga dans l’esprit, il a voulu notamment toucher des gens de son âge, des jeunes qui « a priori, ne s’intéressent pas à cette actualité-là ». « Je tenais à ce que le livre propose un réel socle analytique, journalistique et informatif », écrit-il dans sa préface. « Si l’émotif, en pareilles circonstances, est inévitable, en faire la finalité me paraissait caduc… j’ai voulu faire un livre pour pousser les perspectives que le petit écran médiatique réduisait singulièrement… La complexité de plus de soixante ans de confrontation était occultée et, avec elle, l’histoire du peuple palestinien… »

le 31 décembre, à l’heure du réveillon, alors que les bombes tombaient sur Gaza, il a appelé son éditeur, Vincent Henry. Ce fondu de bande dessinée, petit éditeur indépendant qui finance sa maison La Boîte à bulles avec son salaire de conseil en entreprise, a donné son feu vert en cinq minutes. Maximilien a alors lancé un appel aux dessinateurs sur Internet (« avec, comme seul postulat, le refus catégorique de toute forme d’antisémitisme »), et décroché son téléphone pour joindre les spécialistes qu’il admire… Tous, ou quasiment, ont répondu à l’appel. Et voilà comment le jeune dessinateur, qui n’avait pas encore publié, a déplacé des montagnes de papier.

La Boîte à bulles vient déjà de réimprimer le livre. Si bénéfices il y a – et c’est maintenant probable –, ils seront reversés au Palestinian Center for Human Rights, une ONG de Gaza conseillée par Rony Brauman.
     
Thierry Leclère Télérama

 

 


Gaza, ouvrage collectif (éd. La Boîte à bulles , 317 p, 24 €).

 

Puis voir :

 

   

20 janvier 2009. Au surlendemain de la fin de l'opération « Plomb durci », menée par Tsahal dans la bande de Gaza, les documentaristes Samir Abdallah et Khéridine Mabrouk arrivent sur cette étroite langue de terre, où la population est l'une des plus denses du monde. Deux militants du Centre palestinien des droits de l'homme les accompagnent. Depuis le début des bombardements, vingt-deux jours auparavant, plus d'un million et demi de tonnes d'explosifs ont été larguées sur Gaza. Mille quatre cents Palestiniens ont été tués, dont la moitié était des civils.

 

Le paysage est apocalyptique, maisons détruites, routes défoncées, plantations arrachées, animaux agonisants. En progressant le long des sillons des blindés israéliens, les réalisateurs rencontrent des familles, des paysans, des chômeurs (88 % de la population active). Ils ont parfois tout perdu : leurs proches, leur toit, leurs moyens de subsistance. Au-delà de cet accablant état des lieux, c'est la soif de parole qui frappe surtout. Tout le monde témoigne jusqu'à épuisement, des bombes au phosphore, des exactions... Un homme raconte le meurtre de sa mère et de ses deux filles, exécutées de sang-froid. A la lueur de bougies (« l'électricité est devenue un rêve à Gaza »), des jeunes gens disent espérer que la mort viendra vite puisqu'on leur interdit de vivre comme les autres, « ceux du dehors ». « Pourquoi ? » est le mot qui revient le plus souvent dans la bouche de ces citoyens ordinaires, pris entre la puissance de feu d'Israël et la guerre fratricide entre islamistes du Hamas et combattants du Fatah.

 

L'enfer vu de l'intérieur, ce n'est pas si fréquent. Et c'est le grand mérite de ce film (diffusé sur France Ô, en janvier 2010, dans une version courte) que de montrer à chaud, mais sobrement, une réalité demeurée longtemps invisible, pour cause de blocus médiatique décrété par Israël. Document exceptionnel, Gaza-strophe a aussi valeur d'avertissement, tant il montre que les Gazaouis n'ont désormais plus rien à perdre...



Mathilde Blottière Télérama



 

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