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Eté 2006. A 87 ans, Eric Rohmer tourne, en Auvergne, son dernier film : Les Amours d'Astrée et de Céladon. Jocelyn Quivrin fait partie de la distribution. Plus fan de Fast and furious que du Genou de Claire, le jeune acteur aborde le tournage en ricanant. Quelques mois plus tard, lors de la projection du film à la Mostra de Venise, il comprend que cette expérience l'a profondément transformé. De cette révélation, il décide de faire un film, mais, en novembre 2009, il meurt au volant de son bolide de course. Léa Fazer s'approprie, en la romançant, l'histoire de celui qu'elle avait dirigé dans Notre univers impitoyable et Ensemble, c'est trop.

Et donc, chien fou courant le cachet, Henri (Pio Marmaï, irrésistible comme l'était Jocelyn Quivrin) se retrouve pres­que par hasard engagé par un maître du cinéma d'auteur, Cédric ­Rovère (Michael Lonsdale), pour l'adaptation d'un roman pastoral du XIIe siècle. Rocambolesques, les conditions de travail sont loin de celles que le jeune acteur attend du cinéma. Restent sa jolie partenaire et la présence lumineuse et mutine du grand Rovère...

C'est un épatant récit d'apprentissage. La réalisatrice franco-suisse y croque avec brio un certain milieu ciné­matographique cloisonné : d'un ­côté, des auteurs qui méprisent ouvertement tout ce qui est divertissant ; de l'autre, de possibles stars qui, devant certains dialogues ultra littéraires, pouffent de rire dans leur assiette de pâtes... Mais ce qu'elle réussit le mieux, c'est la peinture tendre et légèrement acide d'un tournage fauché aux silhouettes croquignolettes : la fidèle assistante (Dominique Reymond et son sourire de Joconde), le comédien toujours en questionnement (hilarant ­Scali Delpeyrat)... Au fur et à mesure du film, une lumière de fin d'été nimbe les paysages, tandis que la petite troupe, en état de grâce, partage un certain art de vivre. Tel un bon vampire, le vieux maestro amoureux des mots se nourrit de la vitalité de cette jeunesse à qui, à son tour, il transmet sereinement sa passion de la poésie que son comédien dit ne pas comprendre : « Il n'y a rien à comprendre, il faut seulement la sentir et la vivre. Et avoir été malheureux en amour, peut-être... » Aussi massif qu'Eric Rohmer était sec, Michael incarne à merveille ce génie fantasque et partageur qui sait apprendre à « payer sans marchander le prix exorbitant de la beauté ». — Mathilde Blottière Télérama

 
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