Des Etats-Unis, Joachim Zand a ramené la poule aux oeufs d'or : un spectacle de new burlesque, avec des blondes platine, girondes, qui réinventent le strip-tease. On suit leur tournée de port en port, de loge en hôtel. Répétitions, habillage, maquillage, feux de la rampe. Les filles font des numéros épatants, mais le coeur du film se situe moins sur scène que dans les coulisses, ce cocon tendre et frissonnant. Tournée ravive la fièvre du music-hall en captant ces moments qui donnent « l'illusion de vivre très vite, d'avoir chaud, de travailler, de ne penser guère », comme le décrit si bien Colette dans un texte dont Amalric dit s'être inspiré.
Cinéma de croquis et de fantasmes, charnel jusqu'à la pointe grimée des seins. Joachim a beau faire le coq, il est tout petit à côté de ses pétroleuses de tous âges et de toutes mensurations. Il peut être cruel, inconséquent avec ses enfants et avec bien d'autres, comme dans l'épisode parisien, dur retour à la réalité. C'est un charmeur parfois agaçant, mais qu'on a envie d'embrasser quand il réclame auprès des hôteliers de couper l'infecte musique d'ascenseur qui dégouline dans leur établissement. Un autoportrait d'Amalric ? Plutôt un portrait du joueur en chacun de nous, de l'ado attardé se rêvant couvert de femmes, tantôt morveux, tantôt miteux. Autant dire que le goût du travestissement et de la mise en scène de soi ne va pas sans risques. Mais lorsque Zand fait péter une nouvelle fois la sono, la fin du monde peut arriver, il sait qu'il sera entouré. Jacques Morice Télérama