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Avec le temps, certains cinéastes s'assagissent. Pas Maïwenn, qui continue de prendre les émotions à bras-le-corps, de les tordre et les distordre sans fausse pudeur. Après Polisse, son film « policier » si personnel, elle revient à l'énergie brute de Pardonnez-moi, son premier long métrage déjà très autobiographique, pour cette histoire de passion destructrice où une femme finit rompue à force d'aimer « le roi des connards ». Giorgio se présente ainsi, lors de sa première nuit avec Tony, une séquence d'un naturel et d'une crudité verbale irrésistibles. Il est plus séduisant que dix hommes réunis, partager son existence est une promesse de vivre plus fort. Alors, elle signe pour un mariage avec enfant, tromperie, mensonges, regains de bonheur tonitruants, alcool qui console et calmants à dose létale. Dix ans de montagnes russes, jusqu'à la chute.
Ce film est une tempête. Un précipité amoureux. Chaque scène, comique ou tragique, est saisissante. Chez Maïwenn, une simple scène de drague prend une tournure insolite et désopilante : « donner son téléphone » à une fille, c'est la forcer à le rattraper. Et la visite d'un appartement devient un moment d'une rare violence pour une femme qui réalise, soudain, que son mari s'apprête à la délaisser... Rendre leur virginité à des chemins mille fois empruntés, c'est la force de Maïwenn, de son cinéma-vérité. Un cinéma foncièrement honnête, qui se refuse à juger : Mon roi n'est pas le portrait à charge d'un pervers narcissique, mais un film sur l'addiction amoureuse et ses mystères. La réalisatrice confie tout de même à Louis Garrel (si tendre, si drôle dans le rôle du frère de Tony) le soin d'incarner le témoin lucide de l'histoire : être, en quelque sorte, l'oeil du spectateur. On sait le talent de Maïwenn pour diriger ses interprètes. Avec Mon roi, elle se surpasse. Emmanuelle Bercot, impliquée corps et âme dans les rires, les cris et les larmes, mérite bien son prix d'interprétation à Cannes. Mais le film repose, surtout, sur le jeu captivant de Vincent Cassel — philtre d'amour et poison ravageur dans la même seconde. On est comme Tony : jusqu'à la fin, on ne peut quitter ce roi des yeux. — Guillemette Odicino