
Un jeune réalisateur, Sebastian (Gael García Bernal), tourne, en Bolivie, une fresque sur la servitude des Indiens et leur résistance aux colons espagnols du XVIe siècle. On en voit quelques séquences - on dirait Aguirre de Werner Herzog, mais filmé du point de vue des opprimés. Pour calmer son enthousiasme, il y a Costa (Luis Tosar), son producteur et acolyte. Pragmatique et un brin cynique, il se débrouille comme un chef pour réduire les coûts de production avec la main-d'oeuvre locale. Sauf que la situation politique sur place se dégrade. L'augmentation de l'eau pousse la population à la révolte. Des tensions éclatent, menaçant la sécurité du tournage...
L'injustice est au coeur du réquisitoire que Sebastian et Costa sont en train de tourner. Et voilà qu'elle refait surface, sous leurs yeux, comme si l'histoire se répétait, cinq siècles plus tard. Les deux hommes le voient bien, mais s'arrangent, au moins un temps, pour ne pas s'impliquer. Faire leur film, voilà ce qui compte...
Avec l'aide de Paul Laverty (scénariste attitré de Ken Loach), la réalisatrice Iciar Bollain (Ne dis rien) confronte ses personnages à un cas de conscience rarement abordé au cinéma : un cinéaste engagé peut-il se permettre de ne pas joindre l'acte à la parole ? Où commence et finit son engagement ? Le film pose finement la question de l'intégrité. Même s'il tente d'y répondre, vers la fin, de manière un peu trop rapide et maladroite, au moins propose-t-il quelque chose. Qui ressemble à du cinéma équitable.