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Le héros est sympa : un échalas taiseux et impassible, cousin éloigné de Buster Keaton. Son don l'est aussi : tout sec, Vincent est un homme plutôt banal, convenu, ordinaire. Mouillé, il devient costaud, gracieux et indomptable : une force de la nature... Pourquoi l'eau lui donne-t-elle ce pouvoir ? Il ne le sait pas et ne cherche pas à comprendre : c'est là, c'est tout... Sa totale absence d'ego l'empêche de se prendre pour un superhéros. Sauver le monde, lui, comme Batman ? Non, non, ce n'est vraiment pas son truc.
En revanche, lorsque son pote Driss se fait attaquer sur le chantier où ils travaillent tous les deux, hop ! une bassine d'eau sur le corps et le voilà qui soulève une bétonnière et la projette sur la voiture des assaillants médusés. Driss non plus n'en revient pas. « Une bétonnière ! Une bétonnière ! » ne cesse-t-il de répéter, comme pour se convaincre qu'il a bien vu ce qu'il a vu. Appelés à la suite de cet acte malveillant, les flics tentent d'arrêter Vincent mais, se trempant dans un bassin, un canal ou l'océan, il leur échappe, invincible et aérien, comme dans un bon vieux burlesque muet de jadis...
Le film est charmant, poétique, joliment désinvolte. Léger, aussi, mais léger au point d'en devenir impalpable, par moments. Une bulle... On ne demande évidemment pas à Thomas Salvador, célébré pour ses courts métrages, un scénario hyper écrit, façon Billy Wilder ou Blake Edwards. Mais on aimerait quelques péripéties en plus, davantage de tension, des sautes de rythme. Prendre son temps, dans une comédie, c'est superbe. Mais le perdre, par instants, c'est fâcheux. Défaut mineur que le jeune cinéaste résoudra facilement à l'avenir, tant est évident, déjà, son goût pour l'étrange et la fantaisie hurluberlue. — Pierre Murat Télérama